Vendredi 5 février : Open Lab avec un panel d’experts

Pour clôturer le workshop, le vendredi après-midi est dédié à une séance d’Open Lab. Il ne s’agit pas d’un jury mais d’un moment de discussion sur les scénarios prospectifs de Paris en 2165 produits par les équipes. Le panel d’experts réunit pour cette occasion est composé de :

  • Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir
  • Chloé Vidal, directrice de recherche en Prospective chez Institut Destrée
  • Karine Hurel, chargée de mission « Intelligence spatiale & prospective » à la Datar, elle coordonne la démarche Territoires 2040
  • Sandrine Auger, responsable pédagogique du Centre Michel Serres
  • Philippe Estèbe, géographe
  • Thierry Gaudin, ingénieur et membre de l’association Prospective 2100
  • Marc Lecoq, directeur de projet du Centre Michel Serres
  • Karim Medjad, chaire de Développement international des entreprises au CNAM
  • Stéphane Cordobes, responsable de la prospective et des études du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires
  • Véronique Volpe, chef de projet Thinklab, Région Ile de France

En préalable, la méthode avec laquelle nous sommes parvenus aux cinq prospectives de Paris en 2165 est détaillée. Cinq enveloppes qui contennaient des images d’un futur possible de Paris conçu par le passé avaient été constituées. Ces documents iconographiques ont été produits à une certaine époque et, les équipes ont tâché de les analyser, de découvrir leurs signifiants et de les replacer dans les contextes dans lesquelles elles ont été conçues. Puis, nous avons réinscrit ces projections dans le présent en transcrivant les thématiques issues de ces sources historiques dans les mots d’aujourd’hui employés. Dans cette perspective, transport devient mobilité, cybernétique devient smart city… Pendant cette étape il s’agissait d’être attentif aux signaux faibles identifiés à l’heure actuelle. Nous sommes alors arrivés à formuler des hypothèses, amorcés par les préposoitions “et si ?”. Les équipes en ont ensuite sélectionné trois à quatre sur le board commun à partir desquelles les cinq équipes étaient invitées à développer leurs scénarios.

Dans un esprit de laboratoire, ces différentes étapes ont été réalisées de manière collaborative à la fois au sein des équipes et à l’ensemble du groupe de participants. La spatialisation de la salle concourait largement au processus de projection dans le futur en mettant en scène des paysages de représentations dans un format d’exposition, qui ont ensuite servi de support aux étudiants pour développer leurs planches.

Dans le passage de la mobilisation de références historiques, à l’actualisation de leurs thématiques à la formulation des hypothèses, l’enjeu méthodologique sous-jacent était de tracer un continuum passé-présent-futur pour ancrer ce saut temporel vers cet horizon temporel lointain qu’est 2165.


EQUIPE 1
RTP – Réseau de télétransportation parisien
Victor Delpech, Leo Rio et Juliette Thoby

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Cette équipe travaillait à partir de l’hypothèse d’une généralisation de la téléportation à l’échelle du Grand Paris. Le scenario est raconté principalement à l’aide de fausses Unes du journal Le Parisien. Ces supports qui permettent de retracer la chronologie de la téléportation, sont appuyés par une cartographie schématique des stations de téléportation et du remplacement progressif des infrastructures linéaires par des espaces cultivés. .

En effet, avec le constat que la population de Paris croît à grande vitesse et qu’à l’heure actuelle, les franciliens passent en moyenne 28 jours/an dans les transports, la mise en place de la téléportation serait d’abord accueillie favorablement. Après l’invention du télétransport en 2099, les rues et infrastructures linéaires de transport seront progressivement débarrassées de tous moyens de transport (métro, bus, tram, voitures, etc) pour servir principalement à produire les aliments nécessaires à nourrir la population.

Les Unes retracent les moments clefs de ce développement :

2099 : La première tomate est téléportée grâce aux équipes de recherches du cluster technologique de Saclay.
2110 : Inauguration du premier télétransport de Saclay à Châtelet : le métro, la voiture n’ont plus de sens en IDF. Cergy, Torcy et Ivry restent les seules gares accessibles, à partir desquelles le réseau de télétransport se développe. Les grosses avenues sont devenues des champs. En regagnant le temps qu’on perdait dans les transports, marcher devient un loisir.
2121 : « On a doublé l’agriculture urbaine parisienne ! La télétransportation est une réussite ! ». Le monopole du Grand Paris dans le développement de la téléportation est doublé de celui de JC Decaux dans la gestion et l’implémentation de la technologie qui obtient un contrat d’exclusivité.  
2161 : Graduellement JCDecaux commence à introduire de la publicité subliminale dans le Réseau de Télétransportation Parisien, provoquant les premiers dysfonctionnements. En 2121 on estime à 100 000 personnes le nombre de disparus dans le RTP !
2165 : Après que le scandale des nombreuses disparitions ait éclaté, on arrête le RTP. Ainsi, plus aucune infrastructure de transport ni de télétransport ne dessert l’IDF… Cela faisait déjà 40 ans que les gens ne s’étaient plus déplacées d’un arrondissement à l’autre… Pour retrouver une capacité de résilience plusieurs modes de transports resteraient alors à réinventer.

Les questions et remarques des experts :

Sur les aspects liés à la logistique : avec la téléportation, que devient le dernier kilomètre pour la livraison, c’est-à-dire la mobilité des objets ? Quid des transports domicile/travail ?

Sur la dimension de la zone de couverture du RTP : avec la disparition des gares principales intramuros et le maintien exclusif des gares de Cergy, Torcy et Ivry pour connecter le Grand Paris au reste du territoire national, est-ce que ce scénario porterait à une saturation autour de la ville, en bloquant son développement ? Il est intéressant d’imaginer Paris sans les grandes gares qui transportent aujourd’hui les franciliens dans la métropole. Que deviendraient ces actuels points d’intensités ?

Sur la prise en compte de possibles réfractaires : Une des richesses du scenario, quels seraient les autres groupes possibles « contre le télétransport » ? Un possible mouvement des automobilistes, quels autres mouvements sociaux ?

Sur le parti-pris démographique : il serait intéressant de creuser la dimension socio-démographique du scenario. Quel positionnement possible face au vieillissement de la population ?


EQUIPE 2
Fluctuat nec mergitur
Jordana Abdelnaky-Hariss, Pierre Collomb, Camille Genoud

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A partir de la question cybernétique présente dans l’oeuvre de Nicolas Schöffer, le groupe s’est concentré sur son actualisation dans le présent : le développement du numérique. Ils se sont donné une forte contrainte : en conséquence d’un scenario plus pessimiste que le pire scenario du GIEC le Grand Paris serait atteint par une catastrophe naturelle majeure, l’élévation de 50m du niveau des océans Ainsi, le Grand Paris serait submergé sous de 20m d’eau. La capitale se reconfigurerait pour être divisée par les ilots principaux du Panthéon, de Montmartre, Ménilmontant et Saclay. Selon cette hypothèse, les limites administratives perdent tout leur sens et ces « hauteurs » de Paris deviennent des territoires repères. Le Paris intra-muros aurait donc irrémédiablement besoin de fonctionner avec sa métropole pour pouvoir exister… il n’y aurait plus l’actuelle dichotomie ville centre – banlieue.

Un fil chronologique est esquissé par des événements mondiaux : de 2016 à 2080 c’est la Néo Belle-Epoque. Durant cette période, en 2060, Venise disparait. En 2080, le niveau des eaux a augmenté de 10m, les Pays-Bas disparaissent en 2101. De 2080 à 2112 l’humanité connait la guerre du pétrole et en 2112 une guerre nucléaire bouleverse complètement le climat jusqu’à la fin de l’hiver nucléaire en 2130 où l’on assiste à la vitrification des sols et la disparition définitive des glaciers. En 2130 le niveau de l’eau est stabilisé à +50m., l’humanité s’interroge sur les conditions de sa survie, c’est le début de la période de la relève. Des récits biographiques viennent appuyer ce scenario en déroulant un rapport au temps au fil des générations qui subsistent malgré tout en 2165 :

Noe est l’un des premiers à avoir survécu à la catastrophe cherchant abri dans une tour phare. Il est le plus âgé des trois témoins et a vécu la transition. Pour contribuer à la recherche de solutions, il a depuis crée un nouveau matériau en carbone qui permet de tester l’hydrométrie.

Nicolas, son fils a quant a lui inventé la première ferme hydroponique, seul moyen pour continuer à vivre à Paris. Il n’a connu que l’époque post-nucléaire et s’y est adapté.

Enfin, le troisième personnage est un nanorobot. Il fait partie des multiples minis nanorobots ultralégers qui transitent dans l’eau et dans l’air selon le rythme naturel du cycle de l’eau. Ils permettraient de stocker les données sous l’eau ainsi qu’à 20m de hauteur au dessus de l’eau. Cela donnerait à voir un vrai nuage physique, un cloud, pour le stockage des données. Ils seraient reliés aux tours phares installées sur les hauteurs du Grand Paris. Ces tours relaient des informations aux habitants du Grand Paris.

Pour finir, les VIAH (Véhicule InterAquatique Habitable) seront les nouveaux logements partagés du Grand Paris. Dans ce Grand Paris en 2165, il n’y aura plus vraiment d’espaces privés, les VIAH peuvent se plugger les uns aux autres, être reconfigurés par l’assemblage de vaisseaux mère et d’habitacles. Suivant le signal faible du DIY, les gens pourront créer leur propre habitat autonome.

Les questions et remarques des experts :

Sur l’aspect démographique : combien y aurait-il d’habitants du Grand Paris dans ce scénario ? Avec la prise en compte de phénomènes mondiaux, Paris ne serait pas la seule ville à disparaitre, il serait intéressant de travailler le « stress social » qui serait produit, avec des mouvements migratoires certainement très importants.

Sur l’aspect économique : il serait nécessaire de clarifier la chaine de production matérielle, au-delà du modèle du fablab. Qu’est-ce qui serait fabriqué, quelles matières premières ? Paris serait-elle toujours une ville touristique ? Quel rapport au patrimoine ?

Sur la gouvernance : quel système politique pourrait organiser ce nouveau territoire grand parisien ?

Sur le rôle de la technologie : le fil rouge de la cybernétique de Schöffer serait à développer. Il serait intéressant de clarifier et développer les fonctions des nano-robots.


EQUIPE 3
CosmoParis
Nadir Ait Dir, Flore Bringaud, Michelle Pache, Noémie Papazian

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Au théatre faire la bascule signifie oser se laisser tomber en arrière. C’est un exercice de confiance et de lâcher prise. Plutôt que de faire un saut, l’intention de l’équipe est de réaliser une bascule afin de pouvoir travailler l’espoir et la confiance plutôt que la catastrophe. Il n’est pas aisé de penser un futur optimiste, la prospective de cette équipe se propose d’aller au-delà des peurs, pour revenir aussi sur le présent. Ici on imagine le passage d’un Grand Paris à un CosmoParis. Ceci repose sur trois postulats : pas de Grand Paris sans paix, une prise de conscience de la finitude du monde, l’actuel système de formation et d’accès à l’emploi ne fonctionne plus. CosmoParis s’intéresse donc à la place de l’homme, imaginant que dans un proche futur l’humanité arriverait à un moment d’épuisement généralisé. Comment sortir par le haut de ce burn-out global ?

En partant de leur référence au passé où la notion de flux était présente, le groupe a travaillé sur le concept de fluidité. Prenant en compte le changement climatique et la croissance démographique, cela se traduit dans le scenario par un focus sur l’innovation, le changement du système de travail et l’effacement des frontières. Et si dans le futur on se recentrait sur l’épanouissement de l’individu ? Le groupe a beaucoup travaillé sur les enjeux immatériels, porteurs de la plus grande fluidité possible. CosmoParis est une ville gazeuse, une large conurbation reliée à l’étendue urbaine hollandaise et s’étendant jusqu’à Bruxelles.

Dans le CosmoParis tout les habitants auraient un revenu de base, qui leur permettrait de libérer énormément de leur temps. Un peu de travail serait dédié à la production, notamment robotique car ce seront essentiellement des robots qui travailleront pour nous. Cela marquera la fin des transports domicile/travail ce qui induirait un mode de vie très local. L’occupation principale serait la participation à la vie de la cité et la formation tout au long de la vie dont le développement serait très lié au signal faible du community learning. Dans cette perspective, l’éducation serait elle aussi bousculée et les écoles seraient amenées à disparaître.

Il n’y aurait plus de système de clusters territoriaux car ils seraient diffusés partout. Du point de vue de la forme urbaine, la suppressions des revenus différentiels entrainerait la recherche d’une économie zéro. Il y aurait davantage de réemploi, à la fois à la petite échelle dans la réparation des objets du quotidien mais aussi dans la construction de la ville.

Le quotidien serait un temps continu, sans le rythme de la semaine, du weekend… Sans les éternels bouchons sur les routes et les autres conséquences liées aux rythmes de travail actuels. Ainsi, le quotidien du CosmoParis serait basé sur le choix de l’emploi du temps. Pour ce faire, on garderait la technologie pour pouvoir fonctionner par communautés. Comme dans les actuelles villes intelligentes de Chine et Corée, la technologie serait centrale mais différente, plus communautaire

Les questions et remarques des experts :

Sur le processus de mise en place du scenario prospectif : il serait nécessaire de préciser les étapes qui permettrait d’arriver à cet état, afin que cet univers soit désirable il est important de renseigner le processus de transformation qui porterait le monde actuel à devenir celui de ce futur. Quelles sont les étapes clés, les moments de ruptures avec le présent  ? Des frises temporelles pourraient probablement soutenir l’argumentaire.

Sur l’échelle du Grand Paris : la société décrite dans ce scenario semble largement privilégiée, quelle rapport au monde extérieur pourrait-elle avoir ? Il serait intéressant de traiter les effets de l’échelle du territoire, en particulier sur ses franges. Qu’est-ce que s’y passerait-il ? Quelles sont les limites à cette fluidité présumée ? Quelle vie pour les personnes n’habitant pas CosmoParis ?

Sur l’expression spatiale de la notion de communauté : à certains endroits y aurait-il encore des lieux qui symboliseraient la collectivité ? Si oui lesquels ? Quels devenirs pour le patrimoine urbain ?

Sur les enjeux économiques : pour renforcer l’hypothèse de la fin du travail il pourrait être utile de partir d’un « et si ? » plus explicite tel que la fin du système financier et boursier, la fin de l’argent tel qu’on le connait afin de travailler le scénario dans les détails à partir de là.


EQUIPE 4
Paris s’épaissit
Solène Leray, Nadia Mourid, Glenny Rodriguez et Théodora Fishkandl

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Cette équipe a travaillé à partir de la projection d’un Paris futur d’Albert Robida dans laquelle le ciel est largement occupé par les moyens de transports. Le groupe a donc développé cette notion de strates, de calques ou layers s’étendant dans différentes dimensions : des sous-sols aux toits et, en épaisseur, sur la perception de données invisibles à l’oeil nu. La troisième dimension, l’arrière des choses visibles est donc au centre de ce scenario. Et si on survivait au data déluge ?

Pour cette équipe l’accès à l’information reste aujourd’hui assez partiel, dans ce Paris épaissit, la possibilité est donnée d’imaginer un futur où l’information n’aurait pas de limite. L’usage du numérique et de la notion de ville augmentée seraient poussés vers un éloge de la transparence.

Si en 2016 les 50 000 employés de Google connaissent les premiers flous sur les limites entre temps de travail et temps de loisir, en 2165 ces limites seraient abolies. Le bénévolat serait donc valorisé, il n’y aurait plus de travail mais seulement des « activités » touchant différents domaines allant de la production à l’implication dans la vie politique de la cité. La monnaie disparait pour être remplacée par un système de « points ». Plus de carte de crédit, mais des citoyens engagés dont la participation à la vie citoyenne serait quantifiée et rétribuée. Les dispositifs tels que les budgets participatifs, votation en ligne et crowdfunding deviendraient centraux : on ne s’exprimerait plus selon une logique de démocratie représentative, pour des personnes et des programmes, mais selon une dynamique par projet.

La hiérarchie sociale serait dissolue car tout le monde aurait accès à l’information. A partir du signal faible du rôle prégnant des associations aujourd’hui, la notion de partage, d’économie collaborative et de circuits courts transformerait totalement le travail.

Il y aurait une mutualisation permanente des lieux de domiciliation avec des modes de vies nomades en rupture avec l’actuelle sédentarisation des individus. Face à la croissance démographique et avec l’hypothèse que l’épuisement des ressources ne permettrait plus de construire du neuf, il faudrait faire avec ce qui reste de la ville hérité et l’optimiser au maximum. Ainsi, les individus partageraient les logements sur les 24 heures, comme ils peuvent aujourd’hui le partager pour le week-end ou à la semaine avec Airbnb par exemple. Dans le futur, ce partage serait quotidien et géré par un échange de flux et de gestion du stock en temps réel. Paris se densifierait et tous les espaces inoccupés finiraient par être occupés. A partir de 2135 plus personne n’aurait d’adresse fixe.

Enfin, là où Albert Robida mêlait l’immatérialité de l’électricité à la matérialité du bâti, dans ce scenario l’immatérialité serait rendue perceptible par la visualisation de strates autres qui ne se donnent pas à voir aujourd’hui. Pour cela, les citoyens seraient équipés de lunettes spéciales qui leur serviraient à « voir au-delà du visible », à voir aussi l’immatériel, une couche d’information en flux continu telle une 5ème dimension. Cette perception augmentée masquera une ville bâtie intacte, quasiment à l’image de celle que l’on connait. Bien que l’accessibilité s’étende des sous-sols aux toits du Grand Paris et que les modes de vies seront très éloignés de ceux que l’on connait l’aspect de la ville n’aura finalement pas changé.

Les questions et remarques des experts :

Sur l’augmentation de la perception : Il pourrait être utile d’approfondir la question du regard qui donne à voir des aspects immatériels du réel. Cet élément clef du scenario serait à développer de manière plus détaillée pour enrichir la proposition. Quelles interfaces ? La même pour tous ? Quelles possibles dérives, quel contre-circuit social ? Est-ce que l’on perdrait totalement la capacité de nous concentrer, aspect qu’on commence à voir aujourd’hui avec l’emploi des nouvelles technologies ? Il y aurait-il de la démence digitale ?

Sur la dimension économique : la présence de monnaies complémentaires dans le scenario est très intéressante, elles peuvent induire des comportements individuels très différents. Prenant le Japon comme exemple, il y est aujourd’hui possible de prendre soin d’une personne agée vivant à côté de chez soi afin de gagner des « points » grâce auxquels quelqu’un d’autre pourra prendre soin de sa propre grand-mère lointaine.

Sur la dimension politique : Dans ce possible futur en 2165, le système politique serait-il toujours fondé une validation par obtention de la majorité ? Y-aurait-il des conditions d’accès à la participation ?

Sur les rythmes d’usages des espaces : il serait intéressant de mieux traduire cette hypothèse dans le scenario, quels emplois du temps des espaces ? A quelle cartographie changeante des usages cela pourrait-il produire ? Les écrits de Gaston Berger pourrait renforcer les lecture socio-spatiale et l’épaisseur temporelle proposée dans le scenario.

Sur la manière d’exprimer le scenario : les jeux de calques, la variété des matériaux de la planche traduit bien le discours et les différents concepts du scenarios.


EQUIPE 5
Hologramme, androïde, machine
David Bouillon, Xuan Liu, Florence Pinel

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En pensant à l’exemple de la Sagrada Familia à Barcelone, projet pas encore achevé dont le chantier a débuté en 1880, l’équipe s’est demandée si le Grand Paris sera accompli en 2165. L’iconographie initiale sur laquelle l’équipe a développé son scenario, trois illustrations par Biron-Roger crées pour le texte “Paris futur”, d’Octave Béliard publié en 1910 est présente dans le vaste collage qui résume le scenario de l’équipe.

Là où la mobilité exprimée dans ces images est tentaculaire, réticulaire et composées de grandes infrastructures linéaires, le point de rupture choisit par l’équipe sera aussi l’avancée technologique qui permettra à l’invention de la télétransportation et son développement généralisé à moindre coût. En contraste avec l’équipe ayant développé le scenario RTP, ici les stations seraient démultipliées et placées à domicile. De plus, il ne s’agirait pas littéralement de transporter physiquement le corps d’un humain d’un point A à un point B, mais plutôt de l’activation à distance de trois types d’avatars :
l’hologramme : pour les activités culturelles (cinéma, expo, etc)
l’androïde : pour aller à l’hôpital, pour nous déplacer
la machine : pour activités liées au travail

Du fait de ces multiples modes d’existence externalisés, la personnalité numérique sera déterminante dans la définition de l’identitié de l’individu.

Comme les points de départs de ces services affiliées à la télétransportation seraient à domicile. Il n’y aurait plus besoin d’aller dans l’espace public pour se déplacer, ces lieux structurants de la vie en ville tendraient donc à être requalifés. En effet, si les lignes de métro, voies de tous types, voire les trottoirs tombaient en désuétude l’espace aujourd’hui dédié au déplacement serait potentiellement cultivable. La ville s’habillerait de vert. Puisque on quitterait de plus en plus le rez-de-chaussée comme espace privilégié de déambulation, les bâtiments seraient liés entre eux par des passerelles. Dans cette hypothèse la nature prendrait progressivement la place de l’homme telle qu’on la conçoit aujourd’hui en ville. Les frontières bâties aujourd’hui par les modes de transport (métro, autoroutes, pistes vélo, périphérique, etc) ne seraient plus là.

Les questions et remarques des experts :

Sur l’identité numérique : pour activer ces avatars à distance, le scenario pourrait aborder la question du stockage de la mémoire. Comment aurait-on accès à ces robots et hologrammes ? Comment les activerait-on ? La notion d’avatar gagnerait à être approfondie. Pourrait-on être dans plusieurs lieux en même temps, activer plusieurs avatars ? Quel lien entre individu et avatar ?

Sur les conséquences sur la forme urbaine : Y aurait-il des « parkings de robots » ? Quelles conséquences sur les frontières physiques, pourrait-on activer des avatars situés n’importe où ?  Comment emploierait-on les souterrains s’ils ne sont plus exploités pour le transport ? Quelles conséquences les avatars auraient-ils sur la logistique urbaine ? Le scenario pourrait être renforcé par une qualification plus fine de la nature qui s’implanterait en ville : s’agit-il d’une nature cultivée, y a-t-il des endroits sauvages ? Quelle place prendraient les animaux, la faune ?

Sur les enjeux sociaux et la gouvernance : les effets de cette accessibilité à des avatars à partir de chez soi sur l’agencement social pourraient être développés. Quelles contestations, résistances ? Qui serait propriétaire des androïdes et machines ? La fiction pourrait être poussée pour entrevoir aussi les ruptures sociales qu’un tel Grand Paris pourrait produire.

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